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Coquelicot Cotier

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Coquelicot-Cotier

Blog secret

Description :

A Whiting And A Snail
Lewis Carroll

‘Will you walk a little faster?’ said a whiting to a snail.
‘There’s a porpoise close behind us, and he’s treading on my tail.
See how eagerly the lobsters and the turtles all advance!
They are waiting on the shingle - will you come and join the dance?
Will you, won’t you, will you, won’t you, will you join the dance?
Will you, won’t you, will you, won’t you, won’t you join the dance?

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Barber's violin concerto

Barber's violin concerto10 Avril 2012

Me pardonneras-tu ? Pardonne-moi. Dieu sait que je n'ai jamais voulu te tromper, jamais voulu te faire de mal. En cinq ans de relation, c'est forcé, il y a toujours des moments de crise, c'est pareil pour tout le monde, nous ne sommes pas l'exception, même si on a voulu le croire, souvent.
Considères-tu ce que j'ai fait comme une trahison ? Il n'avait rien, rien à voir avec toi. Il exhalait des odeurs de nouveauté, de sauvagerie, des parfums suaves et inconnus qui m'attiraient, me fascinaient même ! Je me souviens, autrefois, toi aussi tu avais ces odeurs là. Mais à vivre ensemble, ton parfum et le mien s'étaient mêlés, et quand je reniflais ton corps, j'avais l'impression que je sentais aussi un peu le mien.
Vous étiez si différents l'un de l'autre que j'étais curieuse ; moi qui n'avais quasiment connu que toi, qui n'avais jamais vibré dans une étreinte avec un autre, je me retrouvais pour la toute première fois à me demander si les sensations que je vivrais alors seraient meilleures, ou si tu étais définitivement celui qu'il me fallait, le seul...
Alors que tu es un être de finesse, d'élégance absolue et raffinée, il avait quelque chose de plus robuste, de plus claironnant aussi. Un côté petit paysan qui m'amusait. Je l'abordai une première fois avec peut être trop de vigueur ; déjà, je pensais au moment de l'étreinte.
Effrayé, il me fuit. Je lui accordai un peu de temps, me préparai également de mon côté à ne pas laisser transparaître mon impatience, mon désir, ma hâte... Puis, je revins vers lui, plus doucement cette fois ci. S'il accepta la discussion, il était loin de tout aimer de ma personne. Le rustaud m'empêchait de dire, ou de faire certaines choses, me bloquait le chemin quand j'essayais d'aller trop loin dans son intimité. Puis, au fur et à mesure que nous conversions, nous nous serrâmes l'un contre l'autre, de plus en plus près, et j'osai tenter une fusion. Vraiment, avec lui, ça n'avait rien à voir avec le faire avec toi. Alors que tu es toujours doux, tendre, passionné, lui était fougueux, pressé, violent, et tandis que j'étais habituée à tes souffles et à tes gémissements, lui parlait à voix haute, tempêtait, s'animait de plus en plus. Je ressortis de cette étreinte, presque de ce combat, les joues rouges et les cheveux décoiffés. Rien, rien à voir avec toi. Des choses qui pour nous deux étaient habituelles, évidentes, il ne me laissait pas les faire, ne les comprenait pas, m'empêchait de les mener à bien. En revanche, il n'était pas réticent à d'autres tentatives qui toi, te laissaient toujours de marbre, et que tu refusais toujours très poliment, sans passion, c'était "non Marjolaine, je ne veux pas faire ça, et c'est tant pis pour toi", alors que lui criait "TU N'AS PAS INTÉRÊT A TENTER ÇA OU JE TE JURE QUE ÇA VA MAL FINIR", ce qui dans un sens, avait aussi un aspect excitant.
Mais enfin, je peux te promettre que cette histoire avec un autre m'a convaincue que je te préférais toi, et seulement toi, malgré les difficultés que nous rencontrons, souvent, et dont je sais que je ne les rencontrerais jamais avec d'autres de tes semblables. Aussi, pardonne-moi. Ne me fais pas la tête, et promets-moi que lorsque je te retrouverai demain, nous vibrerons ensemble, comme d'habitude. Ne te focalise pas sur ses odeurs que tu sentiras sur ma peau. Ce n'est même pas de ma faute si cela s'est passé, je ne pouvais simplement pas envisager une journée sans jouer, et si tu ne pouvais être là, alors il me fallait un substitut, n'est ce pas, il m'en fallait bien un ! C'est le luthier lui même qui m'a proposé le petit rustaud, et je le lui rends demain. Je n'y toucherai plus jusqu'à ton retour. Je te jure que tout cela était très innocent. Me pardonneras-tu ? Pardonne-moi.
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#Posté le mardi 10 avril 2012 09:53

Prairie Wedding

Prairie Wedding
 
A l'âge de trois ans, Tommy décréta de sa petite voix de sale môme : « les ½ufs au plat, c'est mon repas préféré ! ».

Dès lors notre mère, en adoration devant son petit bout, décida de lui faire plaisir en préparant tous les jours, matin, midi et soir, de grandes assiettes d'½ufs au plat. 

Ma s½ur et moi ne pouvions nous empêcher de souffrir des affres d'une irrémédiable jalousie. J'avais été la première à dire que j'adorais les pâtes, pour autant ma mère n'en faisait jamais qu'une à deux fois par mois. Ma s½ur lorsque vint son tour de parler, affirma que son goût se portait plutôt vers les fruits de mer. Nous en mangions encore moins souvent que des coquillettes. Cela s'expliquait aisément du fait que ma mère avait toujours rêvé d'un petit garçon, et que nous deux, avec nos robes roses et nos cheveux toujours enrubannés, n'étions pas à la hauteur.

Tommy avait désormais huit ans, et cela ne faisait pas moins de cinq ans que je ne me nourrissais plus que d'½ufs au plat. Je croyais avoir pris l'habitude. Or, un matin de mai à mon réveil, je dus m'accrocher à la rambarde de l'escalier pour ne pas perdre l'équilibre. Je me laissai glisser sur le sol, une main sur le ventre, le visage congestioné de la plus horrible manière. Un haut-le-c½ur m'agita de frissons glacés, et sans avoir le temps de plaquer la main devant ma bouche, je crachai sur le sol un ½uf au plat presque entier. Tommy, qui venait de se lever, sonna l'alerte :
« RAB DE P'TIT DEJEUNER ! »
Puis, se tournant vers moi :
« Puisque c'est moi qui l'ait vu en premier, celui là il est pour moi ! »
Et avant que je n'aie le temps de refuser, il le saisit de la pointe d'une fourchette, et l'avala tout rond.

Ma s½ur et ma mère vinrent à mon tour me rejoindre, une assiette dans la main chacune. Elles semblaient enjouées : 
« Tu es si généreuse ma petite chérie, me dit à ma mère en peinant à masquer les larmes de joie qui parlaient sur ses cils, je n'en attendais pas moins de toi ! »

Je hoquetai misérablement. Un autre ½uf s'écrasa avec un bruit désagréable sur le parquet, et je laissai échapper un gros rot. Ce fut ma s½ur qui s'en empara : 
« Après qu'il soit passé dans ton ventre il a un petit goût de fruits de mer ! Super ! J'adore ! »

Je commencais à me sentir vraiment mal, d'énormes gouttes de sueur roulaient sur mon front. Les ½ufs que je régurgitais devenaient au fur et à mesure de plus en plus gros, et j'appréhendais la taille maximale. Soudain, je sentis un relâchement ; ce qui allait venir était tout petit.

Je crachai : plus de « sploc », pas d'½uf au plat. Ce qui venait de sortir d'entre mes lèvres était un petit scarabée luisant. Dégoûtée, je toussai, et donnai à la bestiole quatre petits compagnons. Puis, un plus gros vint à son tour s'ajouter à la bande. Et ainsi que pour les oeufs, au fur et à mesure, la taille augmentait, augmentait, jusqu'à ce que j'entende craquer ma mâchoire sous la force d'un énorme scarabée de sept centimètres de hauteur. 

A terre, la bouche désarticulée comme celle d'un pantin, j'observais ma mère chasser les insectes en mangeant son ½uf au plat, puis me regarder tout à coup en demandant.
« Tu serais pas malade toi ? »
J'acquiescai avec peine. J'avais la gorge desséchée, je voulus demander un verre d'eau mais ma bouche ne répondait plus.
« T'es coincée hm ? » reprit-elle avec justesse, « bon, je suis pas capable de remettre ça en place toute seule, on va aller faire un tour chez le médecin. »

Elle me porta jusqu'à la voiture, et m'attacha bien serré. Puis, elle m'amena chez le docteur, qui eut tôt fait de me remettre les os en place, et pour me féliciter de n'avoir pas pleuré, me proposa quelques gâteaux.

De n'avoir rien mangé de sucré depuis plus de cinq ans, je fus comme folle à la vue des biscuits. Je m'emparai du plus gros, et le mangeai comme une affamée.
« Vomir des cafards, c'est un signe de possession vous savez ? dit le docteur à ma mère tandis que je bâfrai sans l'écouter.
- Alors quelle est la solution monsieur ?
- Un bon médecin remédie au mal avant même de l'avoir expliqué aux familles ! »

Il brandit alors à bout de bras le paquet de gâteaux dans lequel il m'avait fait piocher, et sur lequel il était nettement inscrit « GÂTEAUX EMPOISONNES ». Je sentis mon sang se figer dans mes veines.
« Oh, alors merci docteur, pour nous avoir libéré de cette malédiction à venir ! » s'écria ma mère, et elle baigna de larmes de reconnaissance les mains du bienfaisant médecin.

Puis elle arrangea ses cheveux, remit son sac en place et s'en retourna chez nous, tandis que j'agonisais, sous l'½il du praticien qui se délectait d'avance du nouveau corps sur lequel il pourrait expérimenter, pas possédé pour un sou puisque je n'avais pas vomi de cafards, mais bien des scarabées.
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#Posté le vendredi 27 janvier 2012 13:55

Wish you were here

Wish you were here 
Dès que j'ouvris les yeux, je fus convaincue qu'il manquait quelque chose dans ma chambre. Je ne sus dire ce que c'était ; assurément j'étais toujours sur mon lit, il était donc bien là. Je tâtonnai à mes côtés, me rendis compte que ma table de nuit n'avait pas bougé, ni ma lampe de chevet, ni mon paquet de biscuit (je les recomptai pour être sûre, il en restait deux cent quarante sept, comme hier soir, on ne m'en avait pas volé, heureusement !), je vérifiai chacun de mes habits, chacun de mes romans... puis, comme je ne trouvais pas, je haussai les épaules et descendis prendre mon petit déjeuner.

« Tu es entrée dans ma chambre cette nuit ? demandai-je à ma mère en me préparant un bol de céréales.
- Non. Non ! Pourquoi tu insistes ? Non ! »

Elle laissa le lait déborder, cassa une assiette, et quitta la pièce en criant :

« Je n'y suis pas allée ! Je n'y suis pas allée, je n'ai pas pris ton petit chat ! Non, non, ce n'est pas moi ! »

Je me promis d'arrêter de lui poser des questions trop intimes, cela la perturbait tant qu'elle était alors capable de tout et de n'importe quoi. Elle était si sensible ! Elle avait manqué se suicider trois fois, lorsque je lui avais demandé où elle avait rangé les assiettes, si le père noël existait, et combien de baguettes de pain je devais aller lui chercher. Heureusement, mon père veillait toujours à ce qu'il n'y ait aucun objet coupant dans la maison, ni aucun fer à repasser. Cela étant dit, lorsque je lui demandai en décembre dernier si je pouvais lui prendre un tube de colle, elle était parvenue à dénicher une règle et une équerre. Je n'oserais décrire les tortures qu'elle s'infligea avec.

Je descendis voir mon papa, qui travaillait au garage.

« Tu t'en sors ?
- Ma princesse ! s'écria-t-il, avant de me prendre dans ses bras et de me faire sauter dans les airs, ma jolie petite douceur, as tu bien dormi ? Tes rêves étaient-ils merveilleux ? Raconte les moi mon petit ange, raconte à ton papa ! »

J'allais m'exécuter quand je vis -ô ciel !-, écrasé dans le jardin, mon petit chat blanc incrusté parmi les herbes et les violettes.

« Tu as écrasé mon petit chat ?
- Tu crois que je ne m'en veux pas ? Je me déteste, seigneur, je me déteste ! » hurla mon père en se tapant la tête contre les murs.

Il pleurait à chaudes larmes ; cela ne m'attendrit pas, je lui donnai mille coups de pieds, et arrachai sa moustache. Puis je courus prendre la petite chose, et remontai à l'étage en la berçant doucement.

Les deuils ont cela de terrible qu'on ne peut les faire par soi même ; toute la famille fut invitée autour d'un repas, et me présenta ses condoléances. Je n'en pouvais plus de sanglots. Ma mère parla pour moi, car je ne parvenais à émettre que de vagues borborygmes pleins de morve et de glaires, et dégoûtés, personne n'osait toucher aux plats présentés sur la table.

« On a offert son petit chat à Marjolaine à sa naissance. Quelle histoire d'amour, grands Dieux, quelle histoire d'amour ! Sur les photos, on ne la voit jamais sans sa petite bête. Toujours dans ses bras, elle dormait même avec ! Pauvre petit chat ! Il a vécu avec une petite fille qui l'aimait trop, qui l'a estropié à force de le cajoler. Il a fallu lui recoudre la queue, il a perdu un oeil, et l'autre est devenu tout jaune. Son pelage est devenu rêche, et sec. Pauvre, pauvre chose ! Marjolaine s'en est désintéressée en grandissant, bien entendu. Mais elle le gardait dans sa chambre, malgré tout. Je l'ai seulement descendu au garage parce que je voulais le passer à la machine... je... Il arrivait qu'elle le prenne et lui dépose un baiser sur le front... elle a continué de l'aimer comme le nourrisson qu'elle était... elle... vous... excusez moi... »

L'émotion la submergea. Mon père, en larmes, l'accompagna dans la cuisine pour être sûre qu'elle ne se charcuterait pas avec la télécommande. Mes frères, leurs femmes et leurs enfants pleuraient eux aussi. Quant à moi mon cri s'était mué en une longue plainte qui ne cessait jamais, et allongée sur les carreaux de la terrasse, je martelais le sol de mes poings en hurlant « Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? ».

Il n'y eut que la nouvelle petite amie de mon plus jeune frère, fraîchement débarquée chez nous, qui avait gardé les yeux secs et chuchota à l'oreille de mon frangin :
« Elle n'en fait pas un peu trop, juste pour son doudou d'enfance ? »

Mon frère était un homme de bien ; il ne pouvait aimer une femme sans coeur. Le cou tendu, il lui désigna la porte du doigt et lui demanda de partir, à jamais. J'en fus contente : je la sentais mauvaise. Et pour preuve ; la salope passa dans ma chambre entre temps. Quand j'y revins, il manquait six gâteaux dans mon paquet.
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#Posté le dimanche 23 octobre 2011 06:24

Modifié le dimanche 23 octobre 2011 07:40

La chanson des vieux amants

La chanson des vieux amants
Je ressentis soudain l'envie violente de t'embrasser. J'en avais le droit ; n'était-ce pas merveilleux ? Je m'assis sur tes jambes, et entrepris de te manger les lèvres. Tu fermes les yeux : que vois tu donc, bel ange ? Sous tes paupières closes, imagines-tu l'aspect de ma peau, dont tu ne peux sentir le grain à travers ma chemise ? Ah, voilà que tes mains la déboutonnent : tu fais cela si doucement... chaque seconde est un délice, chacune de tes caresses me transporte. Ôte moi donc cet habit, que je puisse ôter le tien, à mon tour. Je ne suis pas si efficace ; mes doigts tremblent de désir et ripent sur les boutons. Je mets encore plus de temps que tu n'en as mis ; tu souris, ça n'a pas l'air de te déranger tellement. La peau de ton torse est si chaude que je voudrais y rester blottie pour l'éternité. « On va sur le lit ? » chuchotes-tu, et dans ta voix, que de promesses, que de plaisirs à venir. Je t'obéis, je me déplace, et tu verrouilles la porte. Nous avons tous les droits ; tu sais bien que je ne pourrais rien te refuser. Tu t'allonges, je monte sur toi, et mes jambes te serrent. Prends moi doucement, mon ange, doucement, je te le répète. Tu dis oui, oui mais l'amour ne peut être doux, l'amour est violent, l'amour est étreinte et passion, l'amour est puissance. On n'y voit qu'à peine, les lumières sont éteintes, seules celles du dehors éclairent ton dos cabré et magnifique. Nous bougeons de concert et mêlons nos soupirs aux gémissements du matelas. Soudain, tu romps le contact, d'un seul être nous devenons double. Tu prends ma place : désormais, c'est toi le mâle, c'est toi qui dirige. Je perds la tête. Que se passe-t-il vraiment ? Je n'ai plus conscience de rien, ni du temps, ni de mes gestes. Je prends le rythme que tu m'imposes, mais ma pulsation n'est pas parfaite, il m'arrive de ralentir, ou de presser l'allure. Peu t'importe ; tu sais t'en accommoder. Mieux, cela te plaît. Je te laisse t'enfoncer en moi en hurlant mon plaisir. Je ne sais pas d'où viennent les sons que je produis ; ces râles sont ils humains ? Certainement pas. Ils sont une musique divine, que seuls ceux qui aiment peuvent chanter. Alors je m'en donne à coeur joie. Je chante, je chante encore, et j'attends que tu chantes avec moi. « Je vais jouir, Marjo », ta voix s'étouffe, tu délaisses la parole au profit de l'orgasme, et te voilà qui explose à l'intérieur de moi, mes coups de reins sont puissants, mes mains sur ton corps griffent ton épiderme, tu es parcouru de frissons, tu ne tarderas pas à retomber. J'ai de nouveau envie de t'embrasser : bouches jointes, nos chants se mêlent en une seule et même voix, qui je crois, doit être celle de Dieu.
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#Posté le lundi 24 octobre 2011 02:12

Modifié le lundi 24 octobre 2011 02:30

Creep

Creep

J'eus à l'aube de mes vingt ans, la chance inouïe de partir en vacances le jour même ou Dieu commenca à attaquer mon village à coups de couteau suisse. Ses attentats n'arrêtaient pas, mais j'étais protégée, du fond de l'hôtel dans lequel je me trouvais, de toutes les horreurs du monde extérieur.

Ma chambre était très belle : spacieuse, elle contenait tout ce dont une jeune fille pouvait avoir besoin. Les murs étaient recouverts de serviettes hygiéniques, et de miroirs -bien entendu-, les tiroirs étaient pleins à craquer de rouges à lèvres et autres vernis à ongles, et possédaient un double fond inconnu des adultes, bourré de préservatifs en tout genre. Une vraie chambre d'adolescente en somme, et je m'y épanouissais avec bonheur. Mes parents me laissaient une entière liberté, aussi occupais-je mes journées à ne rien faire du tout, excepté tripoter mes cheveux, et me ronger les ongles. 

Après deux jours de ce luxe infini, un jeune homme vint soudainement troubler ma paix si délectable. Grand et maigre, le visage disgracieux, et rouquin de surcroît, il frappa à ma porte dès le jeudi matin.
« Il faut qu'on fasse l'amour !
- Je croyais que c'était mes parents...
- Tes parents te font l'amour ?
- Non, non non, ils sont assez occupés par le reste de la population adulte de l'hôtel ! Je voulais dire, je croyais que c'était mes parents qui frappaient.
- On raconte qu'ils frappent dur...
- Pour ça oui... ils cognent comme des brutes.
- Il faut qu'on fasse l'amour !
- Mais je n'ai pas trop envie là.
- Alors demain ? 
- On verra... »

Il partit un peu penaud, mais certain de pouvoir conclure son affaire une fois la nuit passée. Or, je ne le lui permis pas. Il revint à la charge le lendemain, puis le surlendemain... et je me trouvais toujours une excuse pour éviter de passer à l'acte. Jusqu'à ce qu'il s'énerve, qu'il entre dans la chambre, ferme la porte à clef, et les volets aussi, puis me dise avec colère :
« Maintenant, on va faire l'amour !
- Ok, dis-je un peu effrayée, on va le faire, laisse-moi juste le temps de mettre une capote ».

J'eus alors cette idée lumineuse : alors même que j'étais en train d'enfiler le préservatif sur ma langue, je lui sentis un goût de fraise, qui me rappela les gommes que je mâchais du temps ou j'étais collégienne. Aussi, en fis-je discrètement une bulle, qui m'éclata dans la bouche, me faisant suffoquer.
« Oh mon Dieu, toussai-je exagérément, je suis vraiment trop, trop mal ! Je ne pourrais certainement pas te faire l'amour aujourd'hui...
- Ah tu ne pourras pas ? Moi je te dis que tu vas pouvoir ! »

Il me plaqua sur mon lit, et tenta avec force et violence d'introduire ma langue dans son oreille.
« Tu vas voir, on va le faire, on va y arriver ma cocotte, ça m'excite, ça m'excite à mort ! »
Je le repoussai, et courus hors de ma chambre. Il me pourchassa, bien évidemment, mais il courait plus lentement que moi, et à force de se fatiguer, il prenait de l'âge, de plus en plus, je voyais une barbe s'allonger sous son menton, ses cheveux grisonnaient à chaque pas. Quant à moi je me sentais de plus en plus légère, et je parvins même à m'envoler jusqu'à l'accueil de l'hôtel. Nageant la brasse dans les airs, je m'aggripai à l'épaule du préposé aux tentatives de viol, et lui expliquai la situation.

« Aaah, monsieur LaRose, encore vous chenapan ! s'écria-t-il à la fin de mon résumé, toujours à courir la donzelle hmm ? 
- Celle-ci était drôlement jolie...
- Mademoiselle, je ne sais comment vous remercier, nous avons du mal à l'attraper, ce petit voyou de LaRose !
- Si j'ai pu vous aider j'en suis vraiment heureuse ! » répondis-je avec joie.

Nous nous saluâmes, j'embrassai la joue de monsieur LaRose, lui fit même un petit plaisir en donnant un petit coup de langue tout contre son oreille, puis j'allai retrouver mes parents pour leur raconter que j'avais collaboré à l'arrestation d'un criminel. Ils me répondirent qu'il fallait que j'arrête absolument de me mêler des affaires de la police, et me donnèrent deux coups de pied chacun. Ils frappaient effectivement fort...

Les vacances se terminèrent, et les attentats avec. Je rentrai joyeuse dans mon charmant petit village, et alors que toutes mes idiotes de copines pleurnichaient sans arrêt sur des débilités du genre « mes parents sont morts » « je suis orpheline ! » « Dieu ne nous aime pas ! », je fus la seule cet été là, à éclairer le monde de mon sourire joyeux, babillant à tout va l'extraordinaire aventure qui m'était arrivée. 

Cela plut à Dieu, et lorsqu'il revint l'été suivant, il donna des coups de pioche à toutes les braillardes imbéciles, et prit bien soin de m'éviter.
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#Posté le lundi 01 août 2011 14:13

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